Le lundi 7 mai a eu lieu le premier comité de pilotage de notre recherche-action portant sur les C-AS2 (Conditions de l’Autoformation du Secteur Associatif et Social). Il faut préciser que ce comité de pilotage était le premier, et que faute de dates communes, seul le centre socio-culturel du Langensand a pu être représenté par Sébastien Wolf animateur jeunesse et Elisabeth Schneider, Directrice. Etait également présente, la déléguée départementale de la fédération des centres socio-culturel du Bas-Rhin, Mme Zohra Hamou Lhadj. Nous devrions avoir d’autre participants lors de la prochaine rencontre. L’objectif sera de tenir ce type de rencontre tous les trois mois.

Mentionnons également la présence de deux chercheur(e)s invité(e)s en plus d’Emmanuel Triby chercheur référent, et de moi-même, qui ont été invités afin de bénéficier de leur point de vue extérieur. Il s’agissait du Professeur Louis Durrive, ergologue et ancien directeur adjoint d’une école de la seconde chance sur Strasbourg pendant de nombreuses années, et Célia Le Maire, Maître de conférence en Sciences de gestion, spécialisé sur le contrôle de gestion des organisations médico-sociaux.

Au sommaire :

  1. Rappel méthodologique de la recherche
  2. Rôle du comité de pilotage
  3. Retours sur la méthodologie de recherche : le cas du Langensand
  4. Le point de vue de l’ergologie
  5. Dans le cas de la Recherche-action du Langensand
  6. Question sur l’analyse de l’activité et le développement du caractère apprenant des organisations
  7. Suite à donner pour la recherche-action du Landgensand
  8. En conclusion à propos des comités de pilotage.

1. Rappel méthodologique de la recherche

Pour rappel, l’objectif de la recherche-action vise le développement de la capacité des associations à apprendre pour être capable de changer et innover, de manière à répondre au contexte de grands changements du secteur de l’action sociale.

Le principe directeur est donc d’observer les conditions qui influencent l’apprentissage individuel et organisationnel, dans le cadre d’une démarche de changement par la recherche, à propos d’une thématique constituant un sujet d’importance propre à chaque centre socio-culturel participant.

Ce principe repose sur l’idée que l’activité de recherche collective possède des propriétés formatrices pour les participants et le chercheur, comme l’ont déjà souligné de nombreux auteurs (Liu, Goyette et Lessard, Barbier, Poisson etc).

Mon hypothèse est qu’il existe un lien entre l’autonomisation des personnes et de l’organisation, et le degré d’élaboration de la conception de l’organisation. Ce que j’appellerais pour le moment une conception organisationnelle. C’est pourquoi les activités de recherche collective sur l’organisation sont professionnalisantes. Elles sont l’occasion pour les individus de construire leur conception au sens de Giordan, du fait d’être des lieux de mutualisation et de confrontation des conceptions antérieures. C’est cette confrontation qui occasionne leur ré-élaboration dans une forme plus complexe et plus opérationnelle.

2. Rôle du comité de pilotage

Après avoir fait un rappel des origines de la recherche et de ses objectifs initiaux, les participants ont été invités à exprimer la façon dont ils percevaient le rôle de ce comité de pilotage.

Le Pr. Triby, rappelle de son point de vue, que les chercheurs en collaboration avec les acteurs de terrain (professionnels ou bénévoles) ont pour rôle de produire un questionnement à propos de l’expérience des praticiens. Un questionnement d’une qualité telle, qu’il doit faciliter les praticiens dans la construction de leurs réponses. Celles-ci devraient ainsi gagner en pertinence et aider à faire évoluer les pratiques, les personnes et leur activité. De son côté, cela constitue pour le chercheur, l’occasion d’éprouver la pertinence de son questionnement, et par là-même son cadre théorique de référence et les hypothèses sur lesquelles il repose. Aussi Le Pr. Triby a-t-il interrogé les acteurs présents à propos de deux questions :

  1. Qu’est-que les CSC attendent de cette démarche centrée sur l’apprentissage vis-à-vis de leurs enjeux et difficultés ?

  2. Quel est pour eux le rôle de la thématique choisie dans l’atteinte de leurs attentes ?

Pour Mme Hamou Lhadj de la FDCSC 67, cette démarche est l’occasion d’aider les membres de leur réseau à s’interroger sur leurs pratiques, afin de les améliorer. Cette amélioration doit passer à ses yeux, par une plus importante formalisation du cadre, ce que l’ergologie nomme « les normes antécédentes », mais en prenant garde de ne pas tomber dans un formalisme trop important qui limiterait la créativité. Celle-ci constitue un ingrédient fondamental de la capacité des centres à élaborer une activité avec les populations des territoires, qui soit en phase avec leurs besoins en permanente évolution. De ce point de vue, l’enjeu de la recherche est donc de trouver un « équilibre » entre formalisation et créativité.

Le Pr. Durrive met en garde à propos de cette notion « d’équilibre » qui évoque quelque chose de statique, et marque la séparation, voire l’opposition entre l’activité et la théorie. C’est justement dans le va-et-vient entre la norme antécédente et ses modalités de mise en œuvre que se situe l’activité qui est à la fois théorique et pratique.

Pour Mme Schneider, Directrice du Langensand, cette recherche est l’occasion d’accompagner les associations dans la gestion du lien entre bénévoles et professionnels, car la capacité des associations à s’adapter et à innover implique la collaboration étroite de ces deux catégories d’acteurs. Elles paraissent de ce fait d’égale importance, même si les modalités et les finalités de l’engagement dans l’action associative peuvent différer.

De façon plus spécifique à la thématique choisie (la légitimité), Mme Schneider revient sur l’importance de légitimité du centre, de son projet et de ses interventions auprès des autres partenaires institutionnels. Le rôle des CSC est important dans le paysage de l’action sociale. Pourtant le secteur de l’animation socio-culturelle continue de souffrir d’un manque de reconnaissance et reste assimilé, d’une part, aux enfants, et d’autre part, à des activités occupationnelles. L’ensemble du travail envers la jeunesse et les adultes est souvent méconnu, la diversité des actions entreprises est incomprise et le rôle d’interface à l’échelle du territoire, entre les différentes institutions et acteurs du champ de l’action sociale n’est pas toujours bien reconnu.

Pour M. Wolf, la légitimité concerne également le niveau des individus, notamment à travers la question de compétence. Mener cette RA sur la légitimité doit permettre aux professionnels du centre de « pouvoir agir sans se sentir jugés » par les parents, les partenaires, les institutions…

3. Retours sur la méthodologie de recherche : le cas du Langensand

Le groupe de recherche de ce centre a repéré plusieurs sujets de préoccupations auprès de ses participants, bénévoles et salariés. Bien que ces sujets soient différents, le groupe a constaté l’existence d’un lien transversal à travers la notion de légitimité.

De façon globale, marqués par les approches des sciences de gestion, nous cherchions à faire apparaître les décalages potentiels entre trois sources d’information sur l’activité : l’activité prescrite, l’activité professée et l’activité réelle.

La première est liée aux normes formelles telles que les protocoles, les réglementations, les méthodes etc Le prescrit comporte une dimension plus informelle tels que les usages ou les routines de travail. L’activité professée est liée aux discours que tiennent les praticiens sur leur activité, et fait référence à la première catégorie. Notons qu’il peut déjà exister des écarts entre ces deux sources, suite à une incompréhension, une obsolescence reconnue du prescrit formel, la déformation de l’information au fil du temps etc. Enfin, l’activité réelle correspond à ce qui est pratiqué de façon effective. Elle nécessite le recueil de « faits » objectifs du terrain, qui servent à prendre du recul et à prendre conscience des événements, non déformés par la naturelle subjectivité des individus immergés dans l’activité.

Dans notre recherche-action du centre du Langensand, la difficulté d’application de cette approche qui s’est posée au groupe, est de savoir comment observer les indices de l’expression de la légitimité dans l’activité des personnes.

Il s’est également posé la question du « comment » faire exprimer les personnes sur ce sujet, alors que le sens de cette notion apparaît différent selon les personnes. La légitimité est une notion commune, difficile à définir. Cela implique des usages variés et par conséquent des significations variées.

Dernière difficulté : s’il est aisé de trouver des normes formelles dans les entreprises culturellement marquées par l’organisation rationnelle du travail, le secteur associatif socio-éducatif se caractérise davantage par une faible formalisation de son activité. Cela tient probablement au fait que le gros de l’activité est constitué de relations sociales. Or il est difficile d’anticiper et codifier une relation qui se définit à partir de l’interaction entre les protagonistes de la relation. Il n’est donc pas aisé d’établir l’écart entre le prescrit et le réel faute de prescrit formel.

C’est ce qui a peut-être conduit le comité de pilotage à dire qu’au final, l’enjeu de l’association apprenante serait entre autre d’accompagner la progression de la formalisation des concepts et des règles (le terme concept désigne ici un sens partagé des notions et terminologies employées par l’ensemble des acteurs d’une organisation qui sert à guider leurs activités) sans lesquels il est délicat d’exercer une activité réflexive.

Pour contourner la difficulté d’observation des indices montrant l’influence de la légitimité dans l’activité envers l’extérieur de la structure, nous avons décidé d’organiser un focus groupe. Il devrait réunir les divers partenaires impliqués dans les relations avec le centre, à travers lesquelles se ressent et s’exprime la légitimité.

La confrontation des points de vue et des perceptions sur les missions et l’image du centre devrait permettre de faire émerger les différentes expressions de la légitimité, ce qu’elles impliquent, sur quoi elles reposent. Ainsi le groupe serait en mesure de concevoir des changements dans le but d’améliorer les conditions d’expression de la légitimité entre le centre et ses partenaires.

Mais pour que cela fonctionne, le groupe de recherche du centre a mis en avant la nécessité de réunir un groupe de partenaires estimant le centre ou ses acteurs illégitimes, afin de faire émerger de véritables incompréhensions sans lesquels l’élaboration de l’intercompréhension n’est pas possible.

Comme le montrent les travaux de Goffman (si je me souviens bien), c’est dans le désaccord et le conflit que se construit véritablement l’interculturalité. En effet, elle ne s’exprime que sur nos différences. Sans conflit, soit les interlocuteurs sont d’accords, ce qui sous-tend qu’il existe une culture identique sur le sujet et ce n’est donc pas de l’interculturel. Soit les échanges ne sont pas assez profonds pour faire émerger les différences, et dans ce cas l’intercompréhension n’est que de façade. Nous ne sommes alors pas plus dans l’interculturalité.

Mais réunir les personnes avec qui il n’y a pas d’intercompréhension constitue un défi, puisque ce sont précisément elles qui seront difficiles à convaincre de participer à une rencontre. Aussi, nous avons eu l’idée de mener en amont des entretiens individuels préparatoires. Leur but est d’aider ces personnes à commencer à formaliser leur pensée concernant la légitimité du centre et de ses acteurs pour enrichir les échanges du focus groupe.

Ces entretiens ont également pour but de sensibiliser les partenaires à la démarche afin qu’ils acceptent de participer à ce travail. L’enjeu perçu par les acteurs serait de parvenir à améliorer et développer les collaborations inter-structures afin d’améliorer la co-éducation à l’échelle du territoire, et amplifier l’effet de l’action éducative sur ses populations.

Après avoir identifié les partenaires du territoire prioritairement concernés par notre recherche, le groupe de recherche a commencé à élaborer le guide d’entretien individuel. Mais faute d’une problématisation collective plus approfondie autour du concept de « légitimité », le guide s’est avéré difficile à réaliser. Surtout dans le temps disponible des séances mensuelles (1h30). C’est la raison pour laquelle nous avons imaginé la création d’un sondage visant le recueil des représentations concernant la notion de légitimité. Le but était d’opérer une synthèse entre deux séances, afin d’entrer plus rapidement dans le vif du sujet lors des séances.

4. Le point de vue de l’ergologie

Après l’écoute de cette présentation, le Pr. Durrive nous a donné des éléments de compréhension de la démarche ergologique pour faciliter la compréhension de ses réactions et remarques concernant la méthodologie opérée :

L’ergologie s’intéresse à l’activité humaine, qui dans l’histoire occidentale a conduit à voir l’activité comme l’opposition de la théorie et de la pratique. Or l’ergologie réfute cette séparation en rappelant que théorie et pratique ne sont que les deux faces d’un même objet : l’activité.

Il n’y a pas d’activité sans savoirs et il n’y pas de savoirs sans théorie. Par ailleurs, l’ergologie a mis en évidence que l’activité humaine ne pouvait se réduire à l’activité rationalisée, dont la logique réside en l’articulation des objectifs, des moyens et des résultats. Car, comme l’activité humaine part de la personne, une autre logique personnelle se superpose à la logique rationnelle. Elle articule cette fois les finalités, les valeurs et les enjeux. Ainsi l’individu qui n’est pas une machine, tente d’aménager la logique rationnelle de manière à respecter sa propre logique personnelle. Lorsque cette dernière n’est pas respectée, l’individu se retrouve en souffrance.

Dans le cadre de l’activité au travail, l’approche ergologique a mis au point des groupes de réflexion sur le travail (GRT). Ces groupes ont pour objectif de travailler les conditions d’application des normes antécédentes (activité prescrites et anticipations des contraintes usuelles) afin de permettre aux travailleurs de trouver collectivement des adéquations aux deux logiques, en développant collectivement des pratiques légitimes. Ce travail peut nourrir les décisions de la direction qui souhaite améliorer l’application de sa procédure par la prise en compte des personnes.

Dans son principe général, l’ergologie, grâce à une technique spécifique « de repérage / ancrage », conduit les praticiens à formaliser les normes antécédentes, puis à inscrire par la description chronologique, l’activité en situation. Autrement dit situer l’activité à la fois dans l’espace, dans le temps et dans ses dimensions relationnelles de sorte à faire apparaître la singularité de la situation à partir de laquelle s’exprime « l’agir en compétence ».

L’objectif du retour sur l’activité est de faire émerger des faits sur l’activité, afin d’être en mesure de revenir sur la justification des micro-choix réalisés par l’acteur qui, eux, pourront être débattus. Dans cette perspective, l’on considère que l’activité est une succession de micro choix réalisés à chaque instant. L’addition de ces choix constitue le déroulé de l’action.

Ce déroulé est reconstitué non pas en fonction des prescriptions de ce que la personne est censée faire (normes antécédentes : règles, procédures, normes du métier, usages…), mais en fonction de ce qu’elle a réellement fait pour réussir à appliquer ces normes antécédentes en situation, sans que cela ne lui coûte trop (physiquement, psychiquement, émotionnellement…). Autrement dit, toutes les adaptations et interprétations des règles que la personne est contrainte de mener pour pouvoir tenir compte de la singularité de la vie réelle

Les situations au travail présentent une combinaison d’évènements et d’acteurs qui change à chaque fois. La situation des personnes change d’une journée à l’autre, les conditions de l’activité aussi. Ainsi même si l’activité est théoriquement la même, la situation est toujours autre. La conséquence de ce constat est que l’activité, qui ne peut qu’être saisie en situation, n’est jamais la même dans les faits.

Attention, le Pr. Durrive conseille pour cet exercice, que les praticiens opérant le retour sur activité, décrivent en premier lieu l’activité des autres acteurs de la situation. Sans l’activité des autres, il existe le risque que seul des choix subjectifs transparaissent sans justification précise. Or il est difficile de mettre en débat un choix personnel en l’absence des raisons qui le motivent.

Ce travail permet de réinterroger collectivement l’appropriation des normes pour définir les pratiques qui apparaissent légitimes au collectif pour l’application des normes prescrites. Ce travail permet en outre de définir les conditions de fonctionnement que ces pratiques impliquent, et qui portent à la fois sur l’espace, les ressources matérielles et immatérielles, humaines et non-humaines.

Dans le cas des associations, l’on constate que les normes antécédentes sont très peu formalisées et qu’elles résident davantage dans les personnes en charge de la responsabilité d’une activité que dans des outils de gestion. Ainsi l’analyse de l’activité peut avoir comme rôle d’aider à produire les normes de travail de manière collective.

5. Dans le cas de la Recherche-action du Langensand

Pour revenir à notre recherche-action dans le cas du centre du Langensand, partir de l’activité apparaît particulièrement pertinent. En effet, le caractère situationnel de la légitimité – le thème choisi – apparaît fortement, car la légitimité fait intervenir le système de valeur des personnes, et s’exprime de façon transversale à l’ensemble des activités.

De plus, on constate que la légitimité prend des formes différentes selon la position occupée par les personnes, puisqu’elle se définit selon les acteurs impliqués dans les relations, impliquant ainsi des enjeux différents (légitimité du praticien, du projet politique, du corps professionnel etc.). Enfin, les différentes formes de légitimité apparaissent interconnectées à travers les personnes qui peuvent naviguer dans plusieurs sphères et niveaux de l’activité de leur organisation. C’est pourquoi il apparaît indispensable de partir d’un retour d’activité pour cibler les situations où s’exprime les légitimités.

Mais pour opérer un retour sur l’activité qui soit fécond, le Pr.Triby souligne l’importance de faire passer les participants par une phase d’écriture, quitte à y consacrer une partie du temps des rencontres collectives, si l’exercice s’avérait délicat à réaliser en inter-sessions. Il s’agit pour les participants d’utiliser l’écrit pour décrire une ou plusieurs situations dans laquelle s’est posée pour eux la question de la légitimité.

Précisons que ce travail de retour sur l’activité permettra au groupe de recherche d’établir un sens partagé de la légitimité qui est apparu indispensable à l’occasion de la construction du guide des entretiens préparatoires au focus groupe CSC partenaires.

6. Question sur l’analyse de l’activité et le développement du caractère apprenant des organisations

Il se pose maintenant des questions d’ordre plus épistémologique. Est-ce qu’une démarche d’analyse de l’activité peut-être compatible avec une démarche systémique ? Dans le principe nous pouvons le penser, puisque comme le rappelle le Pr Durrive dans sa thèse de doctorat, l’ergologie n’est pas une discipline, mais une méthode. Il peut donc y avoir des économistes ergologues, des formateurs ergologues etc. Peut-il y avoir des systémiciens ergologues ?

L’organisation apprenante se fonde en partie sur les approches systémiques. Or l’approche systémique part du principe que pour comprendre la situation des personnes, il faut se détacher de l’échelle individuelle pour se placer au niveau du système, de sorte à prendre en compte la non proximité spatiale et temporelle possible, entre les causes et les effets. Peut-on alors identifier les effets systémiques influançant l’activité à partir d’un retour sur l’activité nécessairement centrée sur l’espace où elle se déroule ? Comment les individus peuvent-ils parvenir à faire des ponts entre leur activité et celle de leur organisation ?

Par ailleurs, l’autre principe de la systémique est de repérer les invariants d’un fonctionnement qui se répètent malgré les effets de situations. Comment articuler une entrée par la singularité et une entrée par la généralisation ?

Si l’on perçoit facilement qu’en opérant un repérage et un ancrage sur l’activité, nous pouvons remonter sur des dimensions organisationnelles et managériales en interrogeant les freins à l’activité -qui peuvent être organisationnels- peut-on en conclure pour autant que la démarche sera à même de faire émerger les différents effets systémiques, tel les boucles de rétroaction positive ou négative ? Ou alors, cela suppose que le « repérage » soit suffisamment large et approfondi pour parvenir à identifier les variables qui influencent la situation analysée. Est-ce envisageable ? Comment ? Les liens entre les causes et les conséquences peuvent apparaître aux personnes comme incongrus parce que trop éloignés. Et les effets d’une action peuvent s’avérer contre-intuitifs. Seul la mise à distance est à même de le faire apparaître. Enfin, de façon plus spécifique à la démarche de l’ancrage (Durrive ), comment appréhender les boucles de l’activité à partir d’une démarche chronologique et linéaire ? Faut-il plusieurs analyses des mêmes tâches ?

Une autre difficulté qui se pose à moi est la finalité du retour sur l’activité. Il s’agit de repérer les modalités de « renormalisation » des normes antécédentes, et pas d’une redéfinition des normes. Or ce qui caractérise une organisation apprenante c’est d’assurer une évolution des deux aspects : revoir les modalités d’application de la norme, revoir la norme pour la rendre plus conforme aux évolutions et aux situations. Est-ce que cela sous-tend qu’il faille disposer de plusieurs approches d’analyse de l’activité, selon les finalités recherchées ? Faudrait-il mener de front des retours sur activité, des analyses de pratiques et des analyses d’incidents critiques ?

Enfin, si l’analyse de l’activité donne effectivement l’opportunité au collectif de cibler les contraintes situationnelles liées aux aspects organisationnels, comment articuler ce travail d’analyse de l’activité avec d’autres types de démarches d’investigation sur l’organisation tel que le préconise la recherche-action ou la recherche-intervention ? Des démarches susceptibles de donner accès à des données que l’analyse de l’activité ne fournit pas ? Faut-il imaginer un processus d’investigation sur l’organisation en plusieurs phases ? Une alternance entre phase d’analyse de l’activité et phase d’enquête ? En effet, les modifications de l’activité peuvent être observées à l’échelle de l’activité, mais comment observer les effets à l’échelle organisationnelle ?

Enfin, on peut s’interroger sur la pertinence de l’analyse de l’activité comme outil de gestion au service de l’organisation apprenante, car, qu’il s’agisse de la clinique de l’activité, de la didactique professionnelle ou des méthodes tirées du cours de l’action, la présence d’un chercheur apparaît indispensable du fait de la grande rigueur que ces méthodes nécessitent. Leur mauvaise appropriation et leur mauvaise application en limitent considérablement la portée. Cela interroge les finalités d’autonomisation des personnes et de l’organisation, puisque l’on recrée une dépendance vis-à-vis de nouveaux acteurs extérieurs.

L’ergologie porte sur ce point un avantage par rapport aux autres approches. L’expérience montre que même les personnes les plus modestes, sur le plan académique, sont capables de s’autonomiser dans la conduite d’une analyse ergologique de leur activité. La pratique régulière de cette approche forme les personnes : ils apprennent en faisant. Les praticiens sont en mesure d’animer seuls un groupe de réflexion du travail, car au final, l’ergologie semble tenir plus du rapport aux savoirs que de la maîtrise experte d’un domaine de connaissance.

7. Suite à donner pour la recherche-action du Landguensand

L’intégration d’un retour sur l’activité comme outil d’entrée dans la démarche exposée dans ce document, implique d’ajouter une phase à la dite démarche. Une présentation sera opérée par les personnes présentes auprès des autres participants et nous déciderons alors ensemble de la mise en place de ce retour sur activité ou non. Il s’agit pour moi de ne pas donner l’impression d’un allongement infini de la démarche, qui peut décourager les participants déjà peu disponibles. Élément particulièrement important, car il y a déjà trois centres sur les cinq pré-sentis qui ont soit abandonné, soit décidé de ne pas commencer.

8. En conclusion à propos des comités de pilotage.

Après avoir échangé de façon informelle avec les participants, il ressort que le comité de pilotage est utile pour les acteurs de terrain comme pour les chercheurs. Les premiers ont été intéressés par la vision critique sur la démarche portée par des personnes extérieures qui ne sont pas prises dans l’action, car cela leur permet d’élargir leur perception de leur propre démarche. Les seconds recueillent les réactions et expressions des praticiens, sans le filtre de l’animateur de la recherche (moi-même) et peuvent ainsi réagir directement à partir du vécu des acteurs à l’origine de leurs objets de recherche. Cela leur permet de mieux percevoir les questions saillantes du point de vue du terrain et de confronter leurs interprétations à la complexité de la réalité. C’est pourquoi nous avons décidé de réitérer ces temps au rythme d’un par trimestre, en visant une participation plus de toutes les structures engagées dans la démarche.

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