Réflexions sur la notion de légitimité, cas de la recherche-action du CSC Langensand.

Les recherches-actions débutées au fil de l’année 2018 avec les centres socio-culturels du Ba-Rhin ont pour objectif d’étudier et améliorer les caractéristiques apprenantes des organisations associatives. De façon générale, la démarche consiste à mener des investigations autours d’un objet spécifique préoccupant chacun des centres et d’en profiter pour étudier les freins et les facilitateurs de l’apprentissage des individus, du groupe et de l’organisation.

Dans le cas du centre socio-culturel « Langensand » de Haguenau, la thématique identifié par le collectif est celle de la légitimité.  Je propose donc ici de partager quelques une de mes réflexions sur cette notion, élaborées à partir de courtes lectures qui m’ont conduit vers une analogie avec les notions de compétence et d’autonomie.

La légitimité et ses définitions

La légitimité professionnelle (en éducation et formation des adultes) : « une action ou un usage reconnu et autorisé par un groupe, c’est-à-dire un acte qui répond à un certain nombre de règles établies (formelles ou tacites) et qui obtient le pouvoir de s’accomplir » (Mohib & Zontag 2000)

La légitimité politique dans un système démocratique (en philosophie) : « la capacité de se justifier de manière convaincante aux yeux du public, d’une manière suffisamment convaincante en tout cas pour que les propositions que l’on veut faire adopter soient considérées comme acceptables » (Thierry Ménissier 2016)

La légitimité peut-être considérée de façon générale, comme étant la reconnaissance et l’acceptation d’un pouvoir. C’est pourquoi, dans la tradition politique -depuis l’antiquité- la légitimité est associée à la question de l’autorité. Il s’agit de convaincre les personnes de la justesse d’une action entreprise, ou de la justesse du choix de la personne à mener l’action. Mais si l’on évoque une notion de justesse, alors cela suppose des critères à partir desquels rendre le jugement qui seront éthiques et/ou pragmatiques (efficacité). Autrement dit, interroger la légitimité, c’est se demander en quoi une action ou une personne répond ou non à certains critères. Mais si critères il y a, lesquels ? Qui les choisit ? A propos de quoi ? Selon quelles normes ou valeurs ?

Ainsi déjà la légitimité n’apparaît plus comme un objet en soi qui aurait sa propre existence. La légitimité correspondrait davantage à un état de relation entre des entités à propos d’actions impliquant un rapport de pouvoir selon des normes. Je dis « rapport de pouvoir » dans le sens où agir sur les objets ou autrui, c’est leur imposer une contrainte, qui sera plus ou moins acceptée. Ce qui explique le liens historique de la légitimité avec la question politique.

Tentons quelques analogies

Finalement la légitimité correspond à l’activité d’une personne ou d’un groupe consistant à élaborer la justification de son être et de ses actes auprès d’une autre personne ou d’un autre groupe de personnes, en fonction de l’évolution des situations.

De même que l’éducation n’existe qu’au travers de la relation (on ne peut parler d’éducation pour une personne isolée), la légitimité fait partie de ces phénomènes humains orientant son action, qui n’existent que dans la relation aux autres.

La compétence en est un autre exemple. De même qu’il est impossible de s’autoproclamer compétent, il est délicat de se légitimer soi-même. Seule la reconnaissance d’autrui permet de faire exister sa propre caractéristique.

Si ces analogies semblent pertinentes, alors la légitimité peut faire l’objet d’une analyse analogue à celle faite à la notion d’autonomie qui n’existe pas en soi. L’autonomie est une dynamique relative, car un individu n’est pas autonome dans l’absolue. Il l’est plus ou moins selon l’environnement dans lequel il se trouve, à l’instant auquel il s’y trouve. Comme l’environnement change dans le temps, l’autonomie aussi puisque l’autonomie dépend de la nature des interactions entre l’individu et son environnement (dont les autres).

Il en va de même pour la légitimité qui n’existe pas dans l’absolu. Elle est un état momentané (selon l’échelle du temps adoptée) d’un processus articulant justification et reconnaissance entre individus et un environnement social. Autrement dit un processus de la légitimation dépendant d’interactions. Selon la nature des évènements, des conditions et des interlocuteurs, la légitimité d’une personne ou d’une organisation sera éprouvée ou renforcée. On peut ainsi perdre de la légitimité, en restaurer ou en gagner.

La légitimité : un processus à qualifier

Si l’on considère la légitimation comme un processus dynamique interactionnel qui met obligatoirement les autres en jeux, alors nous pouvons penser que la légitimité est non seulement un processus dynamique, mais aussi un processus relatif qu’il devient nécessaire de qualifier. Légitime ? Par rapport à qui et à quoi ? L’état du processus est relatif à la fois aux acteurs de la relation, et aux types d’activités humaines à propos desquels se joue la légitimation. Il existe donc un caractère situationnel ou contextuel de la légitimité. On comprend alors pourquoi la légitimité politique, la légitimité professionnelle, la légitimité éthique ou la légitimité culturelle ne peuvent être décrites à partir des mêmes outils conceptuels, même si ces différentes formes de légitimités partages un principe général commun. En effet, chacune de ces catégories implique des échelles d’espace, de temps et d’acteurs différents, qui ne reposent pas sur les mêmes fonctionnements et ne mobilisent pas les mêmes critères de référence à partir desquels établir le jugement.

Des orientations à prendre pour nos investigations

Parler de légitimité des acteurs du centre socio-éducatif ou de la légitimité du centre socio-éducatif en tant qu’entité morale ne fait pas référence aux mêmes situations. Il y a donc peu de chances pour que nous soyons en capacité d’identifier des critères communs pour décrire et observer ces processus qui mettent en jeu le même type de système, mais avec des composantes totalement différentes. Quelles légitimités travailler ? Quelles en sont les critères ? Comment s’observent-ils dans l’activité des personnes et du centre ? Voilà quelques questions qu’il serait intéressant de clarifier pour choisir les acteurs à entretenir et que nous aimerions réunir au sein d’un focus groupe sur la question de la légitimité et du partenariat.

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