Revue de projet CAS2

Fin 2018, nous étions arrivée à l’échéance de la convention « homme ressources ». Aussi, le 19 octobre 2018, notre chargé de recherche a présenté la revue du projet CAS 2 (Conditions de l’Autoformation au Changement dans le Secteur Associatif et Social).  Cette convention lie la Région Grand-Est et P.S.International. Nous allons revenir sur les éléments clefs de cette présentation. Le rapport est aussi à disposition ici : revue de projet CAS2 pour la région Grand Est.

Objectif et bilan

Action limitée par un paradoxe organisationnel

En préambule, rappelons que l’objectif initial de cette recherche était de parvenir à tester et modéliser des outils d’accompagnement de l’autonomisation des membres d’une organisation dans leurs démarches d’investigation interne. Grâce à l’acquisition de cette démarche, les personnes devaient pouvoir conduire leurs changements et innover. Cet objectif n’est pas véritablement atteint, même si des avancées ont été opérées à la fois sur le plan technique et théorique.  Ce résultat est lié à divers facteurs. Ces derniers pourraient se résumer par le paradoxe suivant : pour faire face aux besoins de changements et d’innovations, les associations doivent disposer de temps, ce qui exige une amélioration de leur fonctionnement. Mais pour améliorer leur fonctionnement, les associations ont besoin de temps.

Le temps : facteur ou symptôme ?

Lorsque l’on interroge l’implication des acteurs dans leur démarche d’investigation, le facteur temps apparaît à la fois comme un symptôme et comme une cause. Une cause, car si l’on note la régularité et la persistance des regroupements malgré les difficultés et la fatigue des équipes, on ne saurait mettre en doute la volonté des acteurs associatifs de participer et de mener à bien leur démarche d’investigation. Surtout dans le contexte actuel qui souffre d’une diminution de moyens et d’une densification de l’activité des acteurs associatifs. Le temps apparaît alors comme une origine des difficultés de fonctionnement et d’avancement du groupe de recherche. Les acteurs peinent à trouver des temps de travail communs, et ont du mal à consacrer de leur temps pour produire et agir en dehors des séances mensuelles de regroupement.

Le manque de temps est également un symptôme. Au regard des sept centres avec lesquels nous avons tenté de monter une démarche similaire, cette question de la disponibilité était récurrente. Des raisons variables expliquent à chaque fois le phénomène. Elle sont toujours compréhensibles et apparemment justifiées. Cette récurrence tendrait à montrer qu’il existe des phénomènes plus généraux ou systémiques qui influencent de la même manière l’ensemble des structures qui possèdent des conditions, des organisations et des modes de fonctionnements différents.

Des difficultés structurelles

Parmi ces éléments structuraux, quelques caractéristiques du champ des organisations associatives socio-éducatives semblent particulièrement prégnantes :

  • La difficile « industrialisation de l’activité » dans le sens d’une normalisation des procédures et des fonctionnements permettant de mieux maîtriser les coûts, les ressources, la qualité des activités et la qualité de vie au travail. Cette difficulté pourrait être due au caractère mouvant et interstitiel de l’activité (voir CR du 20/09/18) qui limite très fortement sa standardisation et sa reproductibilité,

  • le manque de capitalisation des compétences et la difficile délégation des responsabilités qui peuvent limiter la prise d’initiative et l’autonomie des acteurs associatifs, toutes deux indispensables pour le développement des capacités d’adaptation et d’innovation de ces organisations,

  • la coordination entre l’activité des salariés et l’activité des bénévoles. Ces derniers sont essentiels pour le fonctionnement, et pour l’évolution de la structure. Mais ces bénévoles investis à moyen ou long terme sont de moins en moins nombreux dans le secteur socio-éducatif et le secteur politique. Par ailleurs, les différences de caractéristiques entre équipes bénévoles et celles salariées complexifient l’élaboration d’une dynamique collective et organisationnelle. Cette particularité associative reste un élément clef de la compréhension de ce type d’organisation.

Pistes pour le futur

De ces constats, nous avons tiré plusieurs pistes d’action pour la suite de ce programme de recherche et d’actions, qui permettraient d’atteindre les objectifs initiaux :

  1. La mise en œuvre d’une enquête à l’échelle du département portant sur l’ensemble des CSC et structures socio-éducatives similaires. Cela suppose de réaliser une revue de la littérature scientifique et technique concernant les secteurs des centres socio-éducatifs et d’éducation populaire à laquelle confronter les problématisations du secteur produites dans cette recherche. Il s’agit également d’élaborer une technique de récolte de données dans l’ensemble des structures du Grand Est.

  2. L’intégration de la recherche dans des parcours de formations professionnalisantes et diplômantes, tel que le diplôme des hautes études des pratiques sociales qui est une formation par la recherche-action. L’expérience du chargé de recherche dans l’encadrement de ce diplôme durant ces trois dernières années, a démontré l’efficacité de cette formation. Celle-ci peut aussi bien accompagner des démarches individuelles non soutenues par les organisations employeuses1, que des démarches globales soutenues par l’organisation employeuse2, voire des démarches qui impliquent l’ensemble de l’organisation3. D’autres pistes ont été également évoquées : les licences professionnelles ou le dispositif d’accompagnement de la validation des acquis de l’expérience. Ces parcours peuvent constituer des cadres structurants, motivants et valorisables, aux démarches d’investigations permettant de développer les caractéristiques apprenantes de l’organisation.

  3. La collaboration avec des consultants, étant donné la nature interventionniste de ce type de recherche-action. En effet, ce type de recherche vise à la fois à comprendre et à transformer. Mais comme vous l’aurez constaté, il n’est pas toujours aisé d’à la fois animer et à la fois analyser et observer. Par ailleurs, les chercheurs ne sont pas les plus compétents en matière d’animation de groupes chargés de produire. Une collaboration avec des personnes plus « techniques » pourrait permettre de gagner en efficacité sans perdre de vue pour autant les objectifs de recherche (décrire, modéliser, comprendre, expérimenter…)

Bien que notre recherche n’ait pas permis d’avancer sur la production d’outils d’accompagnement de l’autonomisation des individus et de leur organisation dans le secteur social, elle nous a permis de faire émerger aussi bien sur les plans théorique que méthodologique de nouvelles approches d’investigation. Elle a également permis d’introduire dans la problématique de l’adaptabilité et de l’innovation des organisations, le contexte économico-politique qui semble peu propice à la possibilité pour ces organisations de tendre vers un idéal, paradoxalement commandé par ce même contexte.

Pour en savoir plus, vous pouvez accéder au rapport : revue de projet CAS2 pour la région Grand Est.

1 cas d’une infirmière en psychiatrie qui améliore la gestion de la souffrance au travail de son équipe, soumise aux lourds et incertains changements du système de santé du canton d’appartenance

2 cas d’une infirmière cadre suisse qui a modifié les modalités de management des équipes au point de se voir confier deux autres équipes pour reproduire la méthode

3 cas de la déléguée nationale de l’association du Nid qui, suite à l’atteinte de l’objectif principal du projet associatif avec la pénalisation des clients de la prostitution, a dû redéfinir son projet social à partir d’une démarche de recherche-action.

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